Vol-V fait du biométhane son second axe stratégique

Vol-V fait du biométhane son second axe stratégique avec 40 MW en exploitation d'ici 2018. 

« Dans quelques années, vous apercevrez des mamelons verts dans toutes les campagnes », annonce Cédric de Saint-Jouan, cofondateur de Vol-V. Ce développeur basé à Montpellier (Hérault) est décidé à détenir et exploiter une bonne partie de ces appareils méthaniseurs, à condition qu’ils soient dédiés à la production de biométhane, plus facile à valoriser que le biogaz.

« Nous voulons devenir le premier producteur de biométhane en France d’ici à 2020, avec un objectif d’exploitation de 40 MW dès 2018 », poursuit Cédric de Saint-Jouan. En 2010, cette société historiquement spécialiste de l’éolien (50 MW installés aujourd’hui et 100 MW de projets en instruction) a osé miser gros sur le biogaz épuré et a décidé d’en faire son second centre de profit en 2020. A l’époque c’était un vrai pari puisque la possibilité même d’injecter du biométhane dans les réseaux traditionnels n’a été autorisée que fin 2011.

Un moment charnière ?

Quatre ans ans plus tard, les planètes sont beaucoup mieux alignées : une obligation d’achat a été mise en place, ses tarifs ont cette année été révisés à la hausse, les industriels de l’agroalimentaire sont obligés de trier leurs déchets organiques et la loi sur la transition énergétique fixe des objectifs stimulants : en 2030, 10% de la consommation française de gaz devra être d’origine renouvelable. « Nous sommes dans un moment de bascule pour le biométhane, cela me rappelle l’éolien au début des années 2000. Les méthaniseurs restent rares, mais le paysage va très vite changer désormais. Et les réseaux comme GrDF sont devenus des soutiens... », anticipe Cédric de Saint-Jouan.

Vol-V a détient aujourd’hui dix projets autorisés de production de biométhane, dont neuf obtenus sur les douze derniers mois. Deux installations à Quimper et à Eppeville (Somme) entrent en construction en ce moment et en production l’année prochaine. Cédric de Saint-Jouan attend vingt unités du même type d’ici 2020, ce qui implique de mettre les bouchées double et même triples. Pour ce faire, treize collaborateurs se consacrent au développement biométhane dans l’entreprise, sur un effectif total de 35 personnes.

La PME doit aussi mobiliser d’importants moyens financiers, dont elle ne dévoile pas le montant. Mais un méthaniseur avec épurateur bio-méthane de 2 MW coûte entre 8 et 10 M€ (1 M€ pour l’épurateur) dont 10 à 15% bénéficient de subventions. Le chiffre d’affaires estimé atteint 2 M€ par an, la moitié étant consommée par les frais d’exploitation. Il faut donc attendre en théorie autour de huit années pour servir un premier bénéfice.

Du fumier 24/365

Autre difficulté, propre à la filière biomasse et biogaz, le volume et surtout la régularité de l’approvisionnement. Le méthaniseur de 2 MW exige entre 25 000 et 30 000 tonnes de matière, réparties sur tous les jours de l’année. La fermentation durant en moyenne deux mois, sa rupture est catastrophique puisqu’elle entraîne un long arrêt de la production. « Les projets de biométhane sont complexes. Nous devons sécuriser l’approvisionnement, le plus souvent avec des agriculteurs ou des industriels de l’agroalimentaire, bénéficier d’un accès au réseau le plus proche possible du lieu de production et trouver un accord long terme avec l’acheteur », décrit Cédric de Saint-Jouan. Mais en aval aussi l’horizon semble s’éclaircir, puisque Vol-V constate un intérêt de plus en plus marqué pour le biométhane non seulement chez GrDF ou GDS à Strasbourg, mais aussi chez Air Liquide ou Direct Energie, entre autres.

Du coup, le secteur intéresse de plus en plus de monde : les développeurs EnR indépendants comme Vol-V ou Albioma, des industriels de la gestion de déchets tel que le groupe Saria (équarrissage, agroalimentaire, oléo-chimie et énergie) ou issus de l’agriculture comme le groupe Agri . Les utilities ont également reniflé une opportunité. Suez vient ainsi d’inaugurer à Strasbourg une unité de production et d’injection de 1,6 million de m3 de biométhane dans le réseau du distributeur alsacien GDS ; sa filiale Degrémont (stations d’épuration) a pour sa part installé un démonstrateur de cryogénisation de biogaz sur l’un de ses principaux sites, la station de Valenton, dans le Val-de- Marne, avec en perspective le marché des gros véhicules roulant au biogaz.

Source GreenUnivers - Auteur Jean-Philippe Pié

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